Comment devient-on illustrateur ?

par | Oct 21, 2022

Quand un enfant annonce pour la première fois à ses parents qu’il veut devenir illustrateur, c’est la foudre ! Brrrrrrrrr. ⚡

C’est un peu comme annoncer que l’on veut être pilote de formule 1, star de cinéma ou astronaute pour marcher sur la lune. Les adultes aussi ont rêvé mais ils ont aussi vite compris que la vie ne se passait pas tout à fait comme cela. Et les études ou le travail ont fini de les en convaincre.

Mais alors comment se fait il que des personnes vivent de la conduite d’une voiture de course, du fait de chanter devant des gens ou de faire des voyages dans l’espace ? De même en illustration, comment se réveille-t-on un jour en se disant “Je suis illustrateur et c’est mon métier” ?

Écouter la petite voix

La première crainte de l’entourage est légitime. Comment envisager vivre de l’art quand il est déjà difficile de trouver un simple travail ? L’avenir ne présage-t-il pas suffisamment de difficultés pour se tirer soi-même une balle dans le pied en empruntant un chemin sans issue ?

À priori, rien ne garantie qu’une personne à raison de miser sur ses dons artistiques pour mener une carrière professionnelle. Et c’est vrai, se lancer dans une carrière artistique n’est pas un choix anodin.

Pourtant, dans de nombreux cas, les personnes qui vivent aujourd’hui de leur activité artistique savent depuis leur enfance quelle serait leur trajectoire. On ne peut avoir qu’un respect pudique devant les intuitions premières d’une personne qui se cherche. Derrière ces rêves, il peut y avoir quelque chose de grand et de durable.

(Petit moment remerciement) Je ne peux que remercier ma mère qui m’a fait confiance en 3ème lorsque je lui disais manquer de quelque chose dans mon parcours scolaire. Elle a fait des recherches et m’a proposé de dessiner beaucoup plus en faisant un lycée Art Appliqué. C’est sans doute grâce à cela que je dessine encore aujourd’huI.

Passer du rêve à l’action

Se former artistiquement est un bon début. Mais un diplôme d’école n’a jamais donné un droit à un travail. Personne ne vous attendra à la sortie avec un CDI artiste ou illustrateur.

Je vois l’école d’art comme une facilitation de l’extraction des talents d’une personne. Cela passe par des grandes plages de temps consacrées à la pratique, l’accès à du matériel de qualité et diversifié, un élargissement de l’horizon artistique par la confrontation à la nouveauté. Cependant le critère qui est selon moi le plus important et qui est défaillant dans l’enseignement actuel de l’art est : l’exemple. Vous avez beau consacrer tout votre temps à la création, avec les meilleurs équipements et les meilleures références, si vous n’avez pas un exemple à imiter, vous peinez à avancer. C’est mon avis.

Pendant longtemps, les élèves ont eu des professeurs qu’ils ont espérés dépasser. Leur connaissance des arts, des courants artistiques, leur longue pratique et expertises techniques, leur connaissance des couleurs, de la fabrication des pigments, de l’anatomie, des techniques d’impression en faisait de véritables maîtres. Aujourd’hui, pour le dire un peu grossièrement, l’enseignement artistique est au carrefour de deux réalités : les enseignants ne maîtrisent plus les techniques artistiques dites “classiques”. Mais pour autant, les élèves sont meilleurs qu’eux sur les technologies et moyens de communication. À cela s’ajoutent une forte valorisation et médiatisation des métiers de l’image qui engendre une augmentation des candidats à ces carrières.

Vous l’avez compris, il y a la flamme qui brûle au fond de soi et il y a aussi la réalité du monde professionnel qui ne vous attend pas. Être illustrateur n’est pas encadré par le contour bien précis d’un diplôme qui donnerait de facto droit à un poste ou un statut social. On devient illustrateur peu à peu comme on devient chanteur, astronaute ou acteur de cinéma après un long travail et à la suite d’un parcours qui ne ressemble à aucun autre.

Il n’y a pas un métier d’illustrateur mais des illustrateurs et illustratrices et il y a de nombreuses façons d’exercer ce métier. Certains s’orientent vers l’illustration éditoriale pour la presse, les magazines, d’autres vers un dessin plus politique ou satirique, d’autres dessinent pour le domaine textile, pour les marques et entreprises avec la création de campagnes ou des produits. D’autres vendent leurs illustrations sur une boutique en ligne, en partenariat avec des galeries et magasins, font de la bande dessinée, travaille pour l’animation, le cinéma, la pub, illustrent pour des auteurs, créent leurs propres livres. Souvent, un illustrateur est à la croisée de plusieurs secteurs et c’est d’autant plus intéressant.

Je me suis fait la réflexion il y a peu qu’en tant qu’illustrateur, potentiellement, tout le monde peut être ton client. C’est un marché inimaginable et très concurrentiel en même temps. L’infinité des possibilités ne simplifie pas les choses. Car en voulant tout embrasser, on ne s’adresse plus à personne. On touche là à une question délicate, le positionnement et le style artistique. Cela fera l’objet d’un prochain article.

La carrière d’illustrateur est donc une voie à ouvrir devant soi avec volonté, patience et détermination. Si tous les chemins sont possibles pour y arriver, une formation artistique solide (malgré ce que j’ai dit avant) favorise grandement l’accès à cette voie professionnelle. On fera le point sur les écoles et formations prochainement.

Délivrer de la qualité durablement

Il est possible de travailler artistiquement au sein d’une agence de créa, d’une entreprise ou d’une institution comme salarié. Pour se lancer en tant qu’illustrateur indépendant, il faut bien avoir une chose en tête : vous allez faire plusieurs métiers en même temps.

Oui, l’illustration en indépendant est un job exaltant qui offre une grande liberté et des possibilités d’épanouissement multiples mais qui est aussi très exigeant et difficile.

En tant que professionnel indépendant de l’image, vous allez devoir trouver vos clients, avoir le recul pour entendre leur brief, définir vos prix et les défendre, délivrer un travail d’une grande qualité tout en respectant des contraintes et des délais, tenir à jour votre comptabilité, vos statuts juridiques et sociaux, gérer vos canaux de communications, gérer les liens avec vos partenaires, éditeurs, fournisseurs, imprimeurs, possiblement faire des expositions, des festivals, gérer une boutique en ligne avec des clients particuliers, des expéditions, du service après-vente… bref, et en plus de tout cela, il vous faut garder du temps pour continuer à aimer ce que vous faîte, progresser et affiner votre style.

Je ne veux pas vous décourager. C’est un travail passionnant. On est loin des 35h. Je crois que la clé du succès est là : trouver le positionnement et le style juste, l’exercer avec le plus de professionnalisme possible et être constant. Chaque point mérite un article entier. En temps voulu on en parlera.

Vous avez une autre expérience, un autre point de vue ? Je suis ravi d’en parler avec vous en commentaire. Courage et bon boulot à toutes et tous.