Illustrateur, illustratrice
nom
Si on regarde dans le dictionnaire, l’illustrateur est l’artiste spécialisé(e) dans l’illustration, l’artiste qui exécute des illustrations, la personne qui crée des illustrations ou la personne chargée de l’illustration d’un ouvrage.
Tout cela est tout à fait juste. Mais c’est un peu court.
Je suis Aloïs Marignane, dessinateur à Paris et je vous parle (de l’intérieur) de mon métier d’illustrateur. C’est parti !


Que fait l’illustrateur ?
Depuis 2019, je travaille à mon compte en tant que dessinateur professionnel indépendant. Durant ces quelques années, j’ai tout le loisir d’expérimenter les différentes facettes de ce métier. Mon quotidien se partage entre ma recherche personnelle artistique, la création d’illustration pour mes clients (privé, presse, public, associations…), la prospection, les réseaux sociaux, l’administratif et bien d’autres choses encore. C’est un métier passionnant mais aussi très exigeant. Si je devais résumer, je dirais que l’illustrateur porte au moins trois casquettes sur sa tête : celle de l’artiste, du prestataire et de l’entrepreneur.
Mais d’où vient ce métier ?
Dans le langage commun, l’illustrateur est celui qui crée une image pour soutenir et sublimer un texte ou une histoire. On commence à entrevoir ce terme au 19ème siècle pour désigner les artistes prêtant leur coup de crayon pour agrémenter une œuvre imprimée, pour la presse ou l’édition. Si l’on remonte un peu dans le temps, le terme tire son origine du bas latin illustrator qui peut se traduire par celui qui éclaire, qui rend brillant. L’image joue un rôle de révélateur pour le texte qu’elle accompagne.
On peut donc dire que le métier d’illustrateur existe depuis la nuit des temps, ou au moins depuis qu’un dessin a été utilisé conjointement à une œuvre littéraire ce qui est déjà le cas dans la Mésopotamie antique ou au Moyen Âge. La pratique se développe particulièrement à la renaissance avec l’arrivée de l’imprimerie. Mais c’est surtout le 19ème siècle qui a vu le métier d’illustrateur prendre forme officiellement avec l’arrivée de l’industrialisation dans les domaines du livre et de la presse.
Qui n’a pas déjà feuilleté ces vieux petits livres de nos parents en passant les pages de texte pour aller directement aux pages dessinées ? C’est le travail qu’un éditeur attendait de son illustrateur : mettre en image, sublimer et donner à voir avec les yeux ce que l’imagination peut deviner dans les mots. Ce métier de traducteur visuel s’applique aussi bien à l’illustration jeunesse, à l’illustration éditoriale ou à l’illustrateur commercial.
Aloïs Marignane
PORTFOLIO

L’évolution du travail de dessinateur indépendant.
L’illustrateur se distingue donc dans les esprits du dessinateur par son dessin avant tout au service et en soutien d’une œuvre littéraire existante. Le dessinateur quant à lui s’adonne au dessin d’observation, à la peinture, aux beaux-arts. Le graphiste travaille à la composition typographique sur les maquettes d’imprimerie. L’animateur réalise des séquences de films animés. Tous ces métiers artistiques étaient encore bien délimités au 19ème siècle. C’était encore vrai il y a quelques années et c’est encore un peu vrai aujourd’hui. Mais le métier change complètement. L’économie de l’image a tellement évolué et pris une place prépondérante dans nos vies que ces délimitations professionnelles n’ont plus beaucoup de sens. Elles sont même littéralement en train d’exploser.
La photo et la vidéo ont un pouvoir évocateur tellement puissant et immédiat que l’illustration est passée au second plan dans la publicité, les loisirs et la culture à la fin du 20ème siècle. Pourtant on voit ressurgir ces dernières années un intérêt tout particulier pour l’image dessinée. Plus la photo réaliste est accessible et omniprésente à travers le cinéma, les séries, la publicité, les écrans de nos smartphones, plus l’illustration a de chance de réacquérir ses lettres de noblesse et apparaître comme un silence, un pas de côté, un prisme visuel reposant sur notre monde.
Les disciplines artistiques sont en train de fusionner. Le texte, l’image, la vidéo, le graphisme, la typographie n’ont jamais été aussi imbriqués les uns dans les autres, de telle sorte que l’illustrateur est en train de devenir un traducteur visuel global d’un monde que nous n’arrivons plus bien à voir malgré les meilleures technologies possibles.
Si je dis que ces métiers changent je ne parle pas seulement du passage des techniques de dessin traditionnel au dessin numérique, mais plutôt d’un changement de posture des artistes professionnels.


De l’interprète à l’artiste entrepreneur
L’illustrateur se retrouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Il est prestataire puisqu’il répond toujours à des commandes d’illustration pour agrémenter un article de magazine, une couverture de livre, une campagne marketing, un joli packaging de chocolatier. Mais c’est aussi et plus que jamais un artiste, car il répond aux commandes en traduisant le monde tel qu’il lui apparaît, à travers un dessin personnel, fruit d’un long travail personnel de recherche artistique. Plus la création d’image sera automatisée et standardisée, plus le rôle essentiel de l’illustrateur comme interprète sensible apparaîtra. Il est enfin entrepreneur car internet a redistribué les cartes et il ne dépend plus entièrement d’un distributeur, d’un éditeur ou d’un média. Il est devenu son propre média, sa propre marque à travers ses réseaux sociaux, ses collections d’œuvres, sa propre boutique en ligne, ses collaborations et événements.
Comment devenir illustrateur professionnel ?
Les écoles d’illustration
Il n’est pas nécessaire d’avoir fait une école d’illustration pour vivre pleinement de son travail artistique. Pour autant, faire une école d’art peut aider à se former, acquérir une culture visuelle, pratiquer le dessin, les techniques et commencer à forger son identité personnelle. Mais en aucun cas l’école d’art est une barrière à l’entrée pour ceux qui ne l’auraient pas faite, et c’est encore moins une garantie quant à vos chances de réussir dans ce métier. Je connais d’excellents illustrateurs et illustratrices qui sortent aussi bien des grandes écoles d’art françaises et européennes que de formations annexes en animation, cinéma, art visuel ou même de reconversions professionnelles après des parcours plus classiques en entreprises ou administrations.
On ne va pas refaire le grand débat pour savoir s’il est absolument nécessaire ou non de passer par une formation en illustration pour en faire son métier. Une chose est certaine, rien ne vous fera davantage progresser que pratiquer votre art quotidiennement, y trouver du plaisir dans la régularité et bénéficier de l’émulation d’autres artistes. De ce point de vue, les écoles d’art peuvent être un atout, pas seulement sur le contenu théorique qu’elles peuvent apporter que sur le temps qu’elles vous obligent à consacrer à la création dans un cadre collectif. C’est personnellement ce qui m’a le plus apporté durant mon parcours artistique (Arts Appliqués, DMA Cinéma d’animation). Dans certaines écoles vous rencontrerez des personnalités passionnantes et passionnées qui pourront vous donner un supplément de motivation et des savoirs précieux. Mais vous pourrez aussi y trouver un environnement sécurisant, voire refermé sur lui-même ne vous préparant pas pleinement à tous les enjeux artistiques et entrepreneuriaux que vous réserve cette vie d’indépendant. Dans beaucoup d’écoles, on constate un décalage entre la manière d’enseigner et la réalité de l’économie artistique telle quelle existe. Ce n’est pas le cas partout mais c’est à prendre en compte dans votre réflexion.


S’il faut retenir une chose c’est que contrairement à un concours de la fonction public, ou de médecine, personne ne vous attendra à la sortie de vos 5 ans d’études. Si vous n’avez pas dès le début adopté un esprit autonome et entrepreneurial, vous risquez de passer à côté du métier que vous vous apprêtez à pratiquer. Je ne veux décourager personne. C’est un métier magnifique et passionnant mais qui demande énormément de travail et d’envie. Vous avez toutes les cartes entre vos mains et je souhaite le meilleur à ceux et celles qui s’embarquent dans cette aventure.
Voici quelques écoles à regarder pour devenir illustrateur
- Les arts décoratifs de Paris
- Duperé
- Penninghen
- Institut Saint-Luc (Bruxelles)
- Olivier de Serres
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Les outils des professionnels de l’image
Comme nous l’avons dit, les techniques ont tendance à fusionner et les artistes contemporains travaillent aussi bien avec de la peinture, de l’impression que l’image animée ou la réalité augmentée. Voici quelques outils par catégorie que les illustrateurs utilisent au quotidien.
Le dessin traditionnel
- La gouache (Linel ou Acryla)
- Les encres
- Le pastel
- L’acrylique
- L’encre de chine
Le dessin numérique
- Procreate
- Photoshop
- Illustrator
L’animation
- Procreate
- After Effect
- Synfig
- Adobe Animate
- Pencil 2D
- Toon Boom Harmony
- TVPaint
Construire son portfolio pour entrer dans le monde du travail
La première mission quand vous sortez d’école ou même dès le milieu de vos études est de vous créer votre portfolio. Peu importe si c’est sur un compte Instagram, Cara, Behance ou votre propre site web. Le portfolio est votre carte de visite. Il va vous permettre de contacter les Directeurs artistiques des marques, institutions et titres de presse et de décrocher vos premières commandes. C’est aussi votre portfolio que vous allez envoyer aux maisons d’édition pour la création d’un livre jeunesse ou aux Salon du livre pour présenter votre travail ou aux médiathèques pour animer des ateliers de dessin.
Quel est le synonyme d’illustrateur ?
On peut qualifier l’illustrateur d’artiste car il apporte une part importante de sa sensibilité dans son travail. C’est aussi un caricaturiste à ses heures perdues car il donne le monde à voir avec un certain contre-pied. Il est dessinateur dans le sens où c’est du dessin qu’il tire son revenu.
C’est quoi l’illustrateur d’un livre ?
L’illustrateur de livre travaille en collaboration d’un auteur écrivain dont il va illustrer l’histoire. Il peut se contenter de réaliser une couverture s’il s’agit d’un roman ou de toutes les images s’il s’agit d’un livre jeunesse par exemple. Certains illustrateurs sont aussi les auteurs de leurs propres histoires.
Illustrateur ou illustratrice ?
Statistiquement, il me semble que la profession est majoritairement féminine pour l’illustration jeunesse ou éditoriale et peut-être un peu plus masculine pour la Bande-dessinée. Cela dit je n’ai pas les chiffres officiels. Il y a de la place pour tout le monde et pour toutes les sensibilités dans ce travail.
L’illustrateur est-il un auteur ?
Bien sûr les illustrateurs sont des auteurs. Leur statut d’artiste-auteur protège leurs droits d’auteur au même titre que les écrivains. Ils apportent un caractère tout à fait nouveau et original dans les créations qu’ils proposent et mettent à la disposition du grand public.





